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15 avril 2013 1 15 /04 /avril /2013 18:57

L’art martial est une chose difficile à définir clairement et ce pour deux raisons, la première est qu’une définition purement étymologique bien qu’intéressante est tronquée du fait que le terme art martial est une invention relativement récente. L’autre point problématique  est que les arts martiaux ont évolué tout au long de leur histoire. Certains sont d’origine purement militaire et n’avaient à l’origine que peu ou pas de principes moraux puis se sont peu à peu dotés d’une philosophie. On peut à ce titre vraisemblablement citer bon nombre de kenjutsu antérieurs au XVIème siècle apparus mais aussi vraisemblablement certaines techniques d’origine paysanne comme le kobudo d’Okinawa. D’autres arts, eux, semblent avoir dès leur origine été liés à une certaine philosophie et à une certaine volonté de développement de l’individu et l’on retrouve souvent dans ses arts des liens avec une religion comme le bouddhisme ou le taoïsme. A ce titre l’un des meilleurs exemples est le hung gar, ainsi que bon nombre d’arts prétendant descendre de Shaolin. Cependant certains de ses arts martiaux se sont développés sans avoir de liens particuliers avec la religion ou un culte particulier le meilleur exemple restant sans conteste le judo.

 

Malgré cette difficulté de définition on peut retenir d’une manière générale que les arts martiaux sont des pratiques de combats codifiés intégrant des principes philosophiques. Cela implique donc que le combat est au centre de la pratique martiale. Il est donc logique que bon nombre de pratiquants se posent la question à un moment ou à un autre de l’efficacité de leur art martial et des arts martiaux en général. Cependant bien que cette question ait une importance certaine elle pose problème dès lors qu’elle devient non pas une phase de questionnement importante dans la vie du pratiquant, mais la principale question et un point d’orientation des arts martiaux.

 

http://img.over-blog.com/472x558/0/38/57/25/divers-03/aikido/ueshiba-morihei/Ueshiba-Morihei-006.jpgLa question de l’efficacité de l’art martial, une question à la prédominance légitime ?

Quand on parle de l’efficacité des arts martiaux, on parle de la capacité qu’à l’art martial à permettre au pratiquant de faire face à une agression. L’efficacité d’un art martial ne se prouve pas dans une compétition ou lors d’un échange durant un entraînement ou un stage, mais bien lors d’une agression face à un ou plusieurs adversaires déterminés à porter atteinte à votre intégrité physique voire à votre vie. On peut d’ailleurs rejeter de manière assez rapide la détermination de l’efficacité d’un art martial par la compétition du fait de deux points. Premièrement, bien que l’on puisse penser que la compétition avec contact  se rapproche d’une situation de combat, ce n’est pas le cas. En effet lors d’une compétition ou d’un combat d’entraînement, il y a une présence de règles même minimale, les combats sont de plus prévus à l’avance et il n’y a pas d’effet de surprise que l’on retrouve dans une agression. Lors d’une compétition les combats sont équilibrés et se font en un contre un, sans arme, et le plus souvent de même catégorie de poids et avec des protections. Même les compétitions de Lethwei, de MMA ou de boxe thaï ; réputés pour leur violence sont très éloignés de la réalité d’une agression. Un autre point qui permet de détacher l’idée d’efficacité des arts martiaux de la compétition est que cette dernière ne relève en principe pas des arts martiaux mais des sports de combats principalement pour la raison citée précédemment. (Pour plus d’informations sur ce sujet se reporter à l’article sur le lien suivant : Les risques du développement sportif des arts martiaux. )

 

La question de l’efficacité des arts martiaux est la question la plus récurrente que ce soit sur les forums de discussion, les articles de magazines et de sites, les discussions entre pratiquants. Elle est une question que la majorité des pratiquants se posent  instinctivement tant face à une technique qu’à un nouvel art auquel ils sont confrontés. L’importance de la question de l’efficacité est telle que dès lors qu’un nouvel art martial apparaît, ou que l’on redécouvre un nouvel art martial, les premières questions se poseront généralement sur le plan de l’efficacité. La question de l’efficacité doit cependant être abordée sur deux points ; au niveau  du pratiquant ou elle est un excellent moyen de progresser, et au niveau de l’art martial.

 

Cette question de l’efficacité est fondamentale dans la pratique des arts martiaux, car s’il ne se pose pas la question de l’efficacité, le pratiquant risque de mal exécuter la technique, de ne pas en comprendre le sens martial quand celui-ci n’est pas donné directement comme dans le cas de l’étude d’un kata ou encore d’améliorer tel ou tel point de sa pratique martiale pour pouvoir progresser. Ainsi une recherche d’efficacité est très importante au niveau de la technique, de l’enchainement des techniques d’un même art martial ou dans l’amélioration de sa condition physique. En ce sens, se poser des questions sur sa propre efficacité semble une bonne chose car elle permet au pratiquant de progresser dans sa voie. Le rôle joué par le partenaire est ici primordial car s’il se laisse trop faire le pratiquant risque fort de ne pas se poser de question sur son efficacité. A l’inverse un partenaire qui bloquerait en sachant pertinemment ce que fera le pratiquant ne lui permettra pas de progresser et le fera se questionner des questions sur son efficacité alors qu’il n’y a pas forcément lieu de le faire. Cette question du rôle du partenaire est cependant un autre débat qui nécessiterait notamment de traiter de l’adaptation au niveau du pratiquant.  


La question de l’efficacité est cependant beaucoup plus problématique dès lors que l’on raisonne au niveau de l’art martial et non plus du pratiquant. En effet bien qu’il puisse être intéressant de se poser des questions sur l’efficacité de tel ou tel art, cela revient bien souvent à dire que tel art est plus efficace que tel autre. Or, si l’efficacité devient le facteur fondamental dans l’étude d’un art martial, cela pourrait entrainer un dénigrement de l’étude des différentes d’écoles d’armes telles le kenjutsu, l’haidong gumdo coréen ou le krabi krabong thaïlandais qui ne permettent en principe pas de faire face à une agression dans notre société contemporaine. Or, il s’agit bien d’arts martiaux à part entière même si leur efficacité semble avoir été grandement diminuée par l’interdiction du port d’arme.

 

Un autre risque concernant l’importance donnée à la question de l’efficacité au niveau de l’art martial est que certains pratiquants pourront être tentés de modifier leur pratique parfois de manière relativement importante. Ainsi des pratiquants seront tentés quand viendra leur tour d’enseigner de modifier parfois de manière conséquente ce qu’ils ont appris. Il conviendra alors de distinguer deux cas. Le premier cas est celui ou le nouveau professeur créera son propre art martial, son propre courant, son propre style. Dans ce cas la recherche d’efficacité ne pose pas trop de problème car elle ne porte pas atteinte à l’art martial d’origine. Il s’agit même d’une bonne chose car elle permet une évolution de la pratique. En revanche, si le professeur continue de se revendiquer de l’art en question et par un souci  d’efficacité modifie son art, cela posera un certain nombre de problèmes. Ces modifications seront en effet assimilées à la discipline de base et pourront parfois lui porter des atteintes insoupçonnées. Ainsi pour une volonté d’efficacité le nouveau professeur pourra par exemple : retarder, limiter ou abandonner la pratique des armes, abandonner certaines techniques qu’il juge inefficace, l’abandon de certains exercices basiques qu’il juge inutile… Mais la recherche d’efficacité pourra aussi passer par d’autres moyens plus inattendus comme l’introduction de combats avec ou sans protections, l’abandon de tenues « traditionnelles » etc. Dans chacun de ces cas, l’art martial s’en trouvera peut-être grandi du point du point de vue de l’efficacité, mais il lui sera porté une atteinte et il s’en retrouvera changé parfois d’une manière relativement importante.

 

 

La question de l’efficacité semble donc- bien qu’elle soit d’une grande importance pour le pratiquant et pour la création de nouvelles pratiques- poser de gros problèmes lorsque l’on se place du point de vue d’un art martial existant. De plus, cette question qui, bien souvent est considérée comme fondamentale, ne prend pas en compte bon nombre de points importants qui bien trop souvent sont oubliés. En effet, en ne considérant que l’efficacité d’un art martial, on oublie bien souvent les aspects philosophiques qui s’y trouvent. Nombre de pratiquants qui ne s’intéressent que principalement  à la question de l’efficacité ne s’intéressent pas à l’histoire de leur art, or, cette dernière a considérablement influencé l’évolution des arts martiaux et permet de comprendre l’utilité de certaines techniques pouvant sembler bien inutiles. L’exemple le plus connu est celui des coups de pieds sautés qui semblent avoir à l’origine pour utilité de désarçonner un cavalier, or,  en ne les considérant que du point de vue de l’efficacité on peut bien vite les considérer comme inutiles et ne pas les étudier. Ils font pourtant partie de l’art martial.

 

ShaolinBaiyi.JPG

 

 

L’art martial au-delà de l’efficacité

Si ne considérer que le coté efficace des arts martiaux ne permet pas d’appréhender les arts martiaux dans leur totalité et peut entrainer des risques de déviance dans la pratique, il convient peut être de trouver une autre perception des arts martiaux qui permettrait de les percevoir dans leur ensemble. Au-delà de l’aspect efficace des arts martiaux dans un combat réel, ces derniers sont aussi constitués de tout un ensemble de composants qui leur donne une personnalité propre. L’une de ses composantes sont les rituels tournant autour de la pratique martiale. Ces rituels vont du plus sobre au plus complexe. Le rituel le plus connu et présent dans tous les arts martiaux est le salut qui est autant une marque de respect. On trouve de nombreuses sortes de saluts y compris au sein d’un même art et qui peuvent s’effectuer au début d’un entrainement pour saluer l’enseignant, l’art martial, le dojo et/ou le fondateur du style ; durant le cours pour demander à un partenaire de s’entrainer avec lui ou le remercier de l’avoir fait, à la fin d’un cours…  Le salut n’est cependant pas le seul rituel des arts martiaux, l’échauffement qui prend place au début d’un entrainement au-delà de l’aspect purement physique revêt aussi un caractère symbolique car il permet de se préparer à la pratique martiale tant physiquement que psychologiquement. Enfin certains arts martiaux comme le sumo ou le kyudo ont un rituel très développé.

 

Au-delà du rituel, les arts martiaux possèdent d’autres signes distinctifs  comme des tenues qui leurs sont propres. On qualifie parfois ses tenues de folkloriques mais elles n’en restent pas moins une partie du patrimoine de l’art martial. Elles permettent de s’y identifier  sans pour autant « jouer à l’art martial » comme le diraient certains. Bien entendu, ces tenues ne sont pas nécessaires à la pratique d’un art martial, mais ces dernières font partie de l’histoire et du patrimoine de ce dernier et à ce titre leur disparition serait une perte pour les arts martiaux.

 

Un autre point qui, lui, est bien trop souvent ignoré d’un certain nombre de pratiquants même avancés, est l’histoire des arts martiaux et les légendes qui l’accompagnent. Chaque art martial possède une histoire qui lui est propre et qui recèle d’informations pour comprendre ce dernier. L’histoire des arts martiaux revêt une importance toute particulière et permet bien souvent de comprendre l’étude des armes qui nous semble très éloignée de notre réalité, la raison de certaines techniques qui aujourd’hui nous échappent ou même certains exercices pédagogiques. Cette histoire est elle aussi une part importante des arts martiaux qui permet bien souvent si l’on s’y attarde de mieux comprendre les techniques qui nous semblent inefficaces voir inutiles. De même, les arts martiaux sont porteurs de bon nombre de légendes bien souvent très fantasques qui sont souvent dénigrées par certains pratiquants. Mais ces légendes sont bien souvent d’une grande importance car elles permettent bien souvent d’apprécier l’aspect plus philosophique de l’art, et dans certains cas d’encourager le pratiquant à dépasser ses limites pour progresser.

 

 

Ce ne sont là que quelques exemples mais il apparait donc clairement que les arts martiaux sont un ensemble qui va bien au-delà de la simple question de l’efficacité ou l’inefficacité d’un art. Aussi des attitudes comme « si c’est bon je prends, et si ça ne l’est pas je le rejette », même venant d’un pratiquant haut gradé, semblent clairement inappropriées car éludant bon nombre d’aspects de l’art martial. On ne peut donc vraiment pas appréhender un art martial dans son ensemble en se basant uniquement sur son efficacité ou son corpus technique car chaque art martial semble être une entité culturelle.

 

 

Une autre vision des arts martiauxhttp://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/8/83/Korean_painting-Daekwaedo.jpg/220px-Korean_painting-Daekwaedo.jpg

Une nouvelle vision des arts martiaux impliquerait de ne plus considérer chaque art martial du point de vue de son efficacité comme c’est souvent le cas mais de les considérer comme des ensembles indivisibles de techniques et d’éléments culturels propres. Chaque art martial et chaque style apparait alors comme une entité culturelle propre et indépendante dont il faudrait assurer la continuité. Par entité culturelle, il faut comprendre que chaque art martial est une entité c’est-à-dire un ensemble propre, distinct des autres par un corpus technique, une histoire, des rituels, tenues… et existant indépendamment des autres arts martiaux. Cela n’exclut cependant pas l’influence que les arts martiaux ont eu les uns sur les autres, mais vise à démontrer que si par le passé deux arts martiaux ou deux styles ont eu des racines communes, leur évolution les a fait évoluer dans deux voies différentes.

 

L’aspect culturel de chaque entité vise le fait que chaque art martial et chaque courant est une part du patrimoine de l’humanité et comme dit plus haut, qu’il possède sa propre culture, sa propre histoire. Cette notion de culture vise aussi à prendre un certain recul quant à l’efficacité et à replacer l’art martial dans un certain contexte. Ainsi les enseignements des écoles de kenjutsu sont aujourd’hui très éloignés de la notion d’efficacité, or, ils sont les témoins de pratique d’une autre époque durant laquelle ils étaient efficaces. Ainsi, si aujourd’hui ces pratiques semblent complètement inutiles du point de vue de l’efficacité elles le furent à une autre époque. Il en va de même de certaines techniques ou modes d’entrainement. A ce titre on trouve les coups de pieds sautés vus plus haut, mais l’on trouve aussi les attaques sur la tête à main ouverte. Si de telles techniques en elles seules semblent loin de l’idée d’efficacité car éloignées de la réalité des combats, elles sont intéressantes pour étudier la défense contre des attaques avec certaines armes comme les bâtons ou les sabres qui sont beaucoup plus éloignées de notre vie actuelle que de l’époque durant laquelle elles furent créés.

 

Une telle vision des arts martiaux permettrait tout d’abord la préservation du savoir existant, l’extension de la culture martiale parmi les pratiquants et la diminution de nombre débats souvent infructueux sur l’efficacité de tel ou tel art martial. Mais un autre intérêt serait la reconnaissance des arts martiaux comme une partie du patrimoine de l’humanité par des instances comme l’UNESCO et de permettre le développement des arts martiaux de par le monde et de favoriser le développement de certains art martiaux méconnus. A ce titre certains arts martiaux ont déjà étés reconnus par de telles instances. Ce fut notamment le cas du taekkyon qui fut inscrit sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité en 2011par l’UNESCO ou l’enseignement de la Tenshin Shoden Katory Shinto ryu reconnu en 1960 patrimoine culturel immatériel par le ministère de la culture japonais.

 

Cette idée d’entité culturelle possède cependant une certaine faiblesse car elle prône un certain immobilisme de la pratique martiale. Cela se heurte tout d’abord à la volonté de bon nombre de pratiquants de rechercher l’efficacité avant tout, et d’un autre coté à la nature de l’homme qui veut que ce dernier doive laisser ca marque. A ce titre il est souvent critiqué dans le milieu des arts martiaux de se contenter d’enseigner sans rien apporter à ce qui nous a été enseigné. Cependant l’immobilisme que la détermination de l’art martial comme entité culturelle prône n’est que relatif. En effet le but de cette vision est de préserver les arts martiaux dans leur ensemble sans se soucier de l’efficacité de l’art martial. Cependant une telle vision ne s’oppose pas et au contraire encourage la création de nouvelles pratiques, de nouveaux styles. Ces nouvelles créations pourront non seulement permettre une évolution du monde des arts martiaux en l’adaptant au fil des époques, mais aussi permettre à ceux qui ont pratiqué plusieurs styles de manière approfondie de créer leur propre art qui deviendra une nouvelle entité culturelle.

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