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18 décembre 2014 4 18 /12 /décembre /2014 12:41
Interview de Loïc Blanchetête

Bonjour Loïc Blanchetête.

Vous avez rejoins très récemment l'équipe de l'art de la voie et il est maintenant temps de vous présenter. Pourriez vous vous présenter en quelques mots?

Bonjour, j’ai presque 40 ans, je suis marié et j’ai deux enfants. Professionnellement je suis moniteur en intervention et en self-défense pour le Ministère de la Justice mais aussi praticien en massage du monde et de bien-être, en réflexologie plantaire et en aromathérapie.

Pouvez-vous nous parler de votre pratique ?

Mes premiers pas sur un tatami datent d’il y a 30 ans, à mes début en Judo. Mes parents m’y avait mis car j’étais un enfant trop nerveux, depuis je n’ai pas cessé de pratiquer un art martial. Ensuite j’ai été amené à faire du Tai Chi Chuan, du Qi Gong, de l’Aïkido, du Viet Vo Dao, du Ninjutsu, du Kobudo d’Okinawa… tout cela à différents niveaux.

Vous avez étés amené à créer votre propre style le « Yawara Riki » quelles sont les raisons de cette création ?

La liberté !

La possibilité de faire une technique et de modifier celle-ci en fonction de ses propres capacités ainsi que de l’attaque adverse, tout en étant capable de la faire évoluer en fonction d’une situation toujours changeante, sans aucune restriction mais toujours dans un esprit juste et un mouvement efficace. A partir du moment où la technique est juste, la forme l’est aussi. Aujourd’hui on a trop tendance à imposer la forme (il faut faire la technique comme cela et pas autrement) au détriment de la justesse ; une personne de haute stature ou de très petite stature ne peuvent pas avoir la même forme de corps, c’est impossible, ou alors c’est au détriment du corps lui-même, ce qui amène après des douleurs ou des accidents. D’ailleurs il est à rappeler qu’autrefois les kata (formes imposées) étaient destinés uniquement au débutant afin que ceux-ci puissent acquérir les bases. Après chacun devait trouver sa propre liberté de mouvement.

Pouvoir apprendre l’intégralité des techniques d’une discipline, les formes anciennes et nouvelles ainsi que les formes Omote (endroit, visible) et Ura (revers, caché) de chacune d’entre-elles. Pour expliquer ce principe j’aime prendre une des techniques de base du Judo que l’on appel O Goshi (grande bascule de hanche) et que l’on apprend aux enfants dés l’âge de 6 ans. Technique (lorsqu’elle est dans sa forme Omote) qui peut sembler inoffensive pour un néophyte et qui, pourtant, peut être létale si l’on change la direction de la projection, car elle amène directement à une chute sur les cervicales. Il s’agit là de la forme Ura de cette technique qui, malgré les conséquences qu’elle peut avoir, est plus facile à réaliser que la forme Omote…

Maîtriser différentes disciplines martiales. Autrefois un samouraï était capable de maîtriser 18 disciplines différentes. Aujourd’hui cela est impossible avec les formes actuelles. En effet chaque discipline a ses propres formes, postures et déplacements. Ainsi si vous commencez par apprendre le Karaté et que par la suite vous voulez étudier l’art du sabre, alors il vous faudra tout reprendre à zéro. Tellement de temps perdu… C’est pour cela que j’utilise une forme de corps identique à chaque discipline martiale. Ainsi les formes de corps et les déplacements seront identiques que ce soit pour les coups, les projections et luxations mais aussi pour les techniques de bâton (Tambo, bâton de 50 cm ; Jo, bâton de 128 cm ; Bo, bâton de 180 cm), de chaîne (Manriki Kusari : chaîne qui a la force de 10000) ou autre…

Amener une réponse juste en défense en fonction de la dangerosité des attaques et dans le respect du cadre légal. De nos jours de plus en plus de styles proposent un système de défense efficace et puissant, et travaillent sur des techniques dangereuses pour l’adversaire. Mais je me demande parfois si ces styles de combat se sont déjà posé la question sur les conséquences de leurs défenses, conséquences psychologiques (tuer quelqu’un même en état de légitime défense n’est pas un acte anodin), pénales (riposte immédiate et proportionnée à la dangerosité de l’attaque) et civile (phénomène de bande et de représailles, ou encore avoir ses enfants près de soi lors de l’agression…). Le cadre légal est extrêmement important en France, et ce qui est autorisé dans d’autres pays ne l’est surtout pas en France et très souvent une victime qui se défend trop bien devient l’agresseur aux yeux de la justice.

Interview de Loïc Blanchetête

Pouvez-vous nous présenter en quelques mot les grands principes qui sous tendent votre enseignement ?

Yawara Riki signifie « la souplesse dans la force » d’après un style datant du XVIe siècle. Dans celui-ci je reprends les grands principes du Ju Jutsu traditionnel et du Judo de Maître Kano (pour le différencier du judo d’aujourd’hui). L’objectif principal est de pouvoir effectuer une esquive souple, face à une attaque, tout en apportant une réponse puissante à celle-ci.

  • Le plus important est l’utilisation de la souplesse : souplesse du corps mais aussi souplesse de l’esprit afin de toujours pouvoir s’adapter à la technique adverse.
  • A cela s’ajoute la maîtrise du corps et le contrôle de celui-ci afin d’être en mesure de faire évoluer une défense en cours d’action pour avoir toujours un résultat positif.
  • Contrôler son centre de gravité, son équilibre et sa respiration pour être en mesure de faire « exploser » les techniques de contre.
  • Etudier au moins 2 armes en plus des techniques à mains nues. Le travail des armes permet en effet de prendre une autre conscience de son corps et des distances, mais surtout il permet de connaître les points forts et les points faibles de l’arme. Ce qui facilite ensuite les techniques de défense face à celle-ci.
  • Connaître les principes de levier et de déséquilibre afin de porter des techniques efficacement sans énergie inutile.
  • Apprendre à préserver le corps tout en le maintenant en condition. Un corps blessé ou malade n’a plus les capacités à se défendre efficacement si la situation l’exige. Etre blessé ou malade doit être vécu comme une défaite de la part du pratiquant.

Passons maintenant à quelques questions plus générales, comment définiriez-vous les arts martiaux ?

Comme une éducation physique et mentale dont le but est de nous améliorer. Cette éducation doit passer par l’effort, la maîtrise de soi et le dépassement de soi (endurer et persévérer). Il faut toujours chercher à progresser, être curieux des autres styles pour y puiser des éléments qui peuvent nous aider dans notre pratique. De même il faut connaître nos points faibles et les travailler. Pour ma part c’est ce que j’ai fait. Ma pratique ne me permettait pas d’améliorer certains de mes défauts ou de mes insuffisances, notamment au niveau des jambes, j’ai donc travaillé entre autre le « jeu de la jambe élastique » et le jeu de jambes de l’école naturelle de Jingang-Chan de Shaolin.

Interview de Loïc Blanchetête

Que pensez-vous du monde des arts martiaux aujourd’hui ?

Chacun est trop enclavé dans son style. Comme je l’ai déjà dit il faut être curieux et aller au-delà de son art. Sans cette démarche je me serai limité au Judo tel qu’il est pratiqué aujourd’hui, je n’aurai jamais redécouvert la richesse passée de celui-ci, ni ses possibilités techniques et martiales. C’est en lisant les écrits de Roland Habersetzer puis du regretté Henry Plée que je me suis lancé dans cette Voie. Pourtant ces deux personnes n’ont quasiment plus aucun lien avec le Judo actuel. Il a suffit d’un article dans l’une de ses revues « le Ronin » pour que je me lance corps et âmes dans cette nouvelle Voie. Et ce même si celle-ci est à contre-courant des pratiques actuelles.

De nos jours le seul moyen de retrouver une pratique dite « martiale » est de chercher par soi-même et d’aller au-delà de sa forme, de son style. Et ce même si vous ne recevez jamais le grade que vous espériez. Le plus important n’est pas l’image que l’on a mais ce que l’on est réellement. La Voie des arts martiaux traditionnels est une Voie à suivre seul.

Que pensez-vous de la compétition ?

A la base la compétition permet de tester ses techniques et ses capacités face à différents adversaires. Il faut la voire comme un test qui a pour but de nous faire progresser. Pour cela elle est conseillée à différents stades de la pratique. Malheureusement il y a trop de « dérives » et les pratiquants ne travaillent plus l’ensemble de leurs techniques mais seulement celles qui peuvent les faire gagner en fonction des règles d’arbitrage. Or le combat réel n’a rien d’un jeu, il n’y a ni règles, ni arbitre, et parfois il y a même plusieurs adversaires. Mais ce type de stratégie n’est que rarement enseigné dans les arts martiaux compétitifs car, après tout, leur but est différent. A chacun donc de choisir la Voie dans laquelle il s’engage. Vous pouvez devenir un sportif de haut niveau ou un artiste martial accompli, libre à vous de choisir mais la finalité n’est pas la même (on dit que la seule défaite de Mohamed Ali a eut lieu dans un combat de rue contre une personne qui n’avait jamais boxé) et le temps perdu ne se rattrape jamais.

Merci beaucoup de vous être présenté à nous. Nous attendons avec impatience votre prochain article dans la rubrique piliers martiaux.

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