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29 octobre 2014 3 29 /10 /octobre /2014 17:38

Parmi les grands noms du taiji de style Chen l’un semble resplendir d’une aura toute particulière et impérissable. Artiste martial renommé pour sa très grande maitrise de l’art martial familial, Chen Fake est surtout connu pour sa grande force morale et le fait d’avoir ouvert l’enseignement du taiji quan du style Chen au grand public.

Chen Fake: biographie

De l’enfance à la maitrise

Des débuts difficiles

Chen Fake est né en 1887 à Chenjiagou dans la province du Henan, village dans lequel était pratiqué le taiji quan de l’école Chen. A cette époque l’enseignement de cet art était restreint aux membres de la famille Chen bien que le grand père de Chen Fake, Chen Chanxing ait accepté pour élève Yang Luchan. De part ce fait l’art martial était transmis de génération en génération et le père de Chen Fake, Chen Yangxi, se devait de faire perdurer l’art martial en l’enseignant à ses enfants. A sa naissance Chen Fake avait deux frères qui périrent durant la jeunesse de ce dernier.

Chen Fake ne fut initialement pas intéressé par l’étude des arts martiaux. Il semble que ce dernier avait une santé faible, notamment des problèmes de digestion, et ne s’adonnait à son entrainement qu’à contre cœur. Il se peut aussi que son faible niveau martial soit lié au fait qu’étant le dernier de sa fratrie il fut beaucoup plus protégé par ses parents. Au fil du temps son faible niveau martial commencera à inquiéter ses parents qui le trouvent paresseux et peu discipliné.

Il semble que ce soit alors qu’il avait 14 ans, ou vers la fin de sa puberté selon d’autres sources, que son intérêt pour les arts martiaux changeât. On trouve principalement deux histoires qui pourraient être à l’origine de ce changement. La première relate que son père aurait dû partir du village pour des raisons professionnelles, et aurait fait appel à Chen Boqu, un cousin de Chen Fake pour le remplacer dans les travaux agricoles. Ce dernier surnommé le taureau en raison de ses grandes capacités martiales aurait fait l’admiration de tous, ce qui aurait suscité une certaine jalousie chez Chen Fake. Une autre théorie serait que durant ce voyage de son père il aurait surpris les conversations des villageois qui voyaient d’un mauvais œil la noble lignée de l’art martial disparaitre à cause d’un piètre pratiquant comme Chen Fake à qui le titre de maitre devait revenir de droit. Il semble que ces deux théories soient fondées et non exclusives l’une de l’autre. Ce qui semble certain c’est qu’à partir de ce jour Chen Fake commença à s’entrainer plus sérieusement allant jusqu’à s’entrainer la nuit pour rattraper son retard. En 1904, alors âgé de 17 ans, Chen Fake défia son cousin et sortit victorieux à trois reprises. On dit que Chen Boqu l’accusa d’utiliser un secret de famille et que Chen Fake lui aurait répondu : « C’est le travail. ». Quelques temps plus tard il fut reconnu comme un maître de la 17ème génération par son père.

L’émergence du maître

Peu à peu la réputation d’artiste martial de renom de Chen Fake se répandit et il eu plusieurs occasions de prouver sa valeur martiale. On retrouve principalement deux anecdotes à ce sujet. La première remonte à 1907. Le maitre de taiji quan aurait participé à un tournoi d’arts martiaux à Wenxian et aurait remporté tous les combats. Un seigneur de guerre locale du nom de Han Fuiu lui aurait alors sommé d’enseigner l’art de la famille Chen à ses troupes. Face au refus de Chen Fake, Han Fuiu ordonna à l’un de ses soldat de le tuer à l’aide d’une lance mais ce dernier fut maitrisé sans peine par le maitre d’art martiaux. Une autre anecdote aurait eu lieu en 1914. A cette époque un petit gang local nommé « la société des piques rouges » semait le chaos dans la région et se vantait d’être invulnérables. Chen Fake affronta leur chef et l’aurait transpercé à l’aide d’une simple perche en bois mettant ainsi fin aux actes du gang.

Il faudra cependant attendre 1928 pour que la renommée de Chen Fake atteigne son apogée. Lors de cette année l’institut des arts martiaux de Nanjing fut fondé à Pékin et l’on invita Chen Fake à y enseigner. A ce sujet il semblerait que l’on ait d’abord fait appel à Chen Zhaopei, neveu et élève de Chen Fake, qui aurait lui conseillé son oncle. Quoiqu’il en soit Chen Fake se rendit à Pékin et dut, pour pouvoir enseigner son art, accepter 17 jours durant, les duels lui étant proposés. On dit qu’il ne perdit aucun combat durant ces 17 jours et mieux encore qu’il ne blessa aucun de ses adversaires. Ceci assura une grande reconnaissance du taiji quan de la famille Chen, et Chen Fake ne tarda pas à être surnommé « Taiji yi ren » ou le meilleur maître de taiji.

Chen Fake: biographie

L’apogée du maître

L’ouverture de l’enseignement du Taiji Chen

Le principal apport de Chen Fake, au-delà de la reconnaissance du taiji Chen qu’il aura permis, est qu’il a ouvert l’enseignement de l’art martial familial au grand public. Avant lui cet art n’était réservé qu’aux membres de la famille Chen qui habitaient dans le village de Chenjiagou ce qui représentait finalement un petit nombre de personnes. Il semble cependant que l’ouverture de l’enseignement ne se soit pas fait d’un seul coup. Dans un premier temps le maître ne pris que quelques élèves triés sur le volet ainsi que des membres de la famille Chen l’ayant suivi à Pékin. Puis face au grand nombre de demandes qui affluaient, il ouvrit son enseignement à un plus large public. Il aura alors nombre d’élèves d’influence dont Shu U Sheng le président de l’Istitut de Wushu de Pékin et Yang Xiao Lou un membre éminent de la troupe de l’opéra de Pékin.

L’influence grandissante de l’art et les demandes de pratiquants ne s’arrêtèrent pas là si bien que Chen Fake dut, suite aux demandes insistantes de ses élèves ouvrir le Centre de Wushu Zhongzhou dans le district Xuanwumen à Beijing. Durant son enseignement il aura de nombreux élèves dont certains deviendront des maîtres reconnus comme Liu Rui-Zhi, Tang Hao, Li Jing-Wu, Gu Liu-Xin et Feng Zhi-Qiang.

L’un des apports principaux qu’aura le maitre sur le plan technique aurait été la création de la forme Xinjia qui ouvre une nouvelle voie pour le style Chen. Cette forme composée de mouvements plus courts et rapides donne une grande importance au travail des torsions et rotations des hanches épaules et poignets. Cependant la paternité de cette forme semble incertaine et certains affirment qu’il s’agirait en fait d’une création des élèves de Chen Fake.

Un maitre exemplaire

Si de nombreux maîtres d’arts martiaux ont marqué leur temps par leur grande valeur morale, Chen Fake lui semble avoir laissé une trace encore plus marquante. Cet homme semble avoir très vite été reconnu pour son excellence morale et son grand sens du respect qui lui ont permis de se faire un grand nombre d’amis dans le monde des arts martiaux dès son arrivée à Beijing. L’un de ses élèves du nom de Hong Junsheng rapporte qu’un jour un lutteur chinois du nom de Shen voulu comparer ses techniques avec celle du maitre de taiji. Maître Chen Fake qui savait que les lutteurs avaient besoin de saisir leur adversaire pour utiliser une technique se laissa saisir par le lutteur au début de l’échange. Quand son élève le questionna sur la raison qui l’avait poussé à se laisser saisir il aurait répondu : « Pourquoi voulais- tu que je le jette au loin, sais-tu déjà combien il est difficile d’arriver au niveau de maître Shen ? Toi tu ne voulais pas que je te projette au loin devant tout le monde, pourquoi voudrais-tu faire ce que tu ne voudrais pas que l’on te fasse ? De plus, avant d’agir nous devrions toujours avoir en tête la réputation des personnes que l’on a en face, pour ne pas détruire inutilement tout ce qui a été si dur à construire. ».

On dit aussi qu’il respectait profondément l’ensemble des autres arts martiaux et que selon lui, toutes les écoles de wushu étaient bonnes dès lors qu’elles avaient survécu à l’épreuve du temps. Son élève rapporte encore que lorsque maître Chen Fake voyait des personnes pratiquer le taiji dans des parcs et qu’on lui demandait son avis il répondait soit que leur taiji était bon, soit qu’il y avait du kungfu, soit qu’il ne comprenait pas leur style. Il fallait comprendre que soit leur pratique était bonne, soit les pratiquants n’avait pas de réelles compétences mais faisaient de gros efforts, soit les pratiquants n’étaient pas de bon niveau et ne faisaient pas d’efforts. Il ne s’agit là que d’un exemple parmi tant d’autres illustrant la grande valeur morale de l’homme qui sera surnommé « Quan Shen » ou le saint des arts martiaux.

Maître Chen Fake s’éteindra en 1951 à l’âge de 71 ans et restera dans les mémoires comme l’un des plus grands maîtres du Taiji quan du style Chen.

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