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8 juillet 2013 1 08 /07 /juillet /2013 13:25

Avant toute chose il convient de préciser que le sujet de cet article ne concernera pas la classification des pratiques martiales entre les trois grands groupes que sont les arts martiaux, les sports de combats et la self défense mais ne concernera que la classification des arts martiaux.

Pourquoi classifier les arts martiaux ? Bien que beaucoup trouvent ceci inutile, la classification permet avant tout de faire un état des lieux, de comprendre les grands ensembles, les grands principes qui sous- tendent l’ensemble du monde des arts martiaux. Bien qu’inutile d’un point de vue pratique, une telle distinction est importante dès le moment où l’on cherche à aborder les arts martiaux d’un point de vue théorique et que l’on cherche à avoir une vue d’ensemble. De tels soucis de classifications existent depuis un moment et on la retrouve à l’échelle d’un pays et notamment par le biais des arts martiaux chinois avec par exemple la distinction entre les boxes du nord et celles du sud, ou entre le style interne et le style externe. Cependant existe-t-il une tel suma divisio* qui sous-tendrait l’ensemble du monde des arts martiaux ?

A mon sens il existerait 4 solutions qui pourraient paraitre évidentes mais chacune ayant ses limites.

La classification des arts martiaux : utopie ou réalité ?

La distinction d’origine :

Il s’agit de la distinction la plus commune, et bien souvent, elle est faite sans même que l’on s’en rende compte presque inconsciemment. Cette distinction qui semble la plus logique et la plus naturelle repose sur « l’origine » géographique d’un art martial pour déterminer une division claire entre les arts martiaux. On se retrouve donc avec une multitude d’ensembles dont les plus communément admis sont les arts martiaux chinois, les arts martiaux japonais, les arts martiaux indiens, les arts martiaux coréens et les arts martiaux du sud-est Asiatique. On y ajoute bien souvent les arts martiaux d’Okinawa. On retrouve une telle classification dans de nombreux livres et encyclopédies traitant de l’ensemble des arts martiaux ainsi que sur de nombreux sites généralistes et forums.

Bien que cette vision des choses soit assez simple à mettre en œuvre, elle a tendance à offrir une vision assez figée des arts martiaux qui ne prend pas en compte que ces derniers sont souvent issus d’une multitude d’origines parfois transfrontalières. Un bon exemple de ceci est le taekwondo rangé dans la catégorie des arts martiaux coréens. Si ce dernier a effectivement été créé en Corée, force est de constater que son origine quasi-exclusive est le karaté, art qui n’est en rien coréen. Dès lors, peut-on parler d’un art coréen ? De même, il semble que le karaté ait été fortement influencé par les arts martiaux du sud de la Chine, peut-on alors réellement parler d’un art martial d’Okinawa ? Quand on regarde de plus près l’histoire des arts martiaux, on remarque qu’à plusieurs occasions ils sont le produit d’un métissage culturel et martial. Car la société qui les a vu naître est le produit de ce métissage, qu’il soit imposé par la conquête militaire ou voulu. Ainsi il n’est pas étrange de voir de grandes similarités entre la boxe Thaï et le kun khmer de Birmanie. De même, il n’est pas étrange que le taekwondo soit très proche du karaté puisque que la pratique de cet art martial fut imposée par le Japon lors de l’invasion de la Corée.

De même, cela pose le problème épineux de disciplines récemment créées. Avec l’ouverture des arts martiaux au monde de nombreux pratiquants sont amenés à créer leur propre voie en se basant sur leur propre pratique. Or, l’art martial ou du moins le style qu’ils vont créer doit-il être considéré comme relevant de la catégorie du style d’origine, ou aller dans une autre catégorie ? Prenons l’exemple du Ju no michi créé par Igor Correa Luna dans les années 1970. Cet art martial fut créé pour revenir aux origines martiales du judo et s’éloigner de la forme compétitive que prenait ce dernier. Doit-on, alors que l’art martial reprend des techniques japonaises, des noms japonais, des principes issus d’un art martial japonais etc… parler d’un art martial occidental ? Cette question reste ouverte mais démontre bien que cette division, bien qu’intéressante et simple d’utilisation, risque de nous donner une vision trop limitée du monde des arts martiaux.

La distinction interne/externe :

C’est une distinction classique au niveau des arts martiaux chinois mais que l’on retrouve régulièrement à l’ensemble plus large que sont les arts martiaux. Le problème de cette distinction est qu’elle est assez obscure pour les occidentaux. En effet on trouve beaucoup de nuances concernant cette distinction. La raison la plus reconnue de cette distinction aurait pour origine l’influence religieuse, point de vue partagé par la majorité de la doctrine. Les arts martiaux internes seraient influencés par le taoïsme issu de la Chine d’où l’aspect interne de l’art martial (interne à la Chine), à l’opposé, on trouve les arts martiaux influencés par le bouddhisme, pour la plupart influencés par le temple de Shaolin qui seraient des arts martiaux externes (car le bouddhisme n’est pas né en Chine mais provient d’Inde). Si l’on ne prend en compte que cet aspect de la distinction cela pose un problème. En effet contrairement aux religions occidentales qui sont fondamentalement très différentes de ces religions asiatiques à mi-chemin entre notre conception de la religion et de la philosophie. Taoïsme, bouddhisme et confucianismes ne sont pas restés des points de vue monoblocs et étanches. Ces trois courants se sont entrecroisés et ont bien souvent mêlés leurs concepts. On retrouve ceci dans la pratique martiale, par exemple, on retrouve des exercices de Qigong traditionnellement associés au courant interne dans le temple de Shaolin. De plus une telle distinction ne serait pas vraiment applicable à l’ensemble des arts martiaux.

Un autre point de vue concernant cette distinction qui n’est pas toujours exclusive du premier point de vue, serait une distinction entre des pratiques dures et faisant fortement appel à la force musculaire (les arts martiaux externes) et les pratiques plus souples faisant plus appel à l’utilisation de l’énergie interne (les arts martiaux internes). Cette distinction est très intéressante mais présente une faiblesse de taille. Il est en effet impossible de trouver des arts martiaux qui soient purement internes ou externes. Caricaturalement, un art martial qui ne serait qu’interne ne devrait pour ainsi dire pas faire appel à l’utilisation de force musculaire et à l’utilisation de la force contre la force, or, que ce soit par le travail postural ou par de longues répétitions, le pratiquant bien qu’il apprenne à se détendre développera toujours sa force musculaire bien qu’il apprenne à utiliser le moins de force possible. De même on ne trouve pas d’arts martiaux ou l’on ne fait qu’utiliser la force musculaire pour contrer une force musculaire inverse cela relèverait pour ainsi dire d’un simple duel de force et l’entrainement risquerait de se limiter à un simple entrainement musculaire agrémenté de quelques techniques de musculation. On remarque que chaque art martial comprend une part d’interne en lui ainsi qu’une part d’externe. Cependant l’importance et plus encore l’ordre dans lequel ses parts sont étudiées par le pratiquant sont différents. Bien souvent dans les arts que l’on pourrait qualifier d’internes comme le taiji, le bagua zhang, le Yi quan mais aussi l’aïkido, on met l’accent sur un travail énergétique, de non-opposition, ce qui n’empêche pas ces arts de comprendre des techniques que l’on pourrait qualifier de dures. A l’inverse, des arts martiaux comme le karaté que l’on pourrait qualifier de durs de prime abord, deviennent au fil de leur pratique beaucoup plus subtils et le pratiquant apprend peu à peu à ne plus s’opposer à l’adversaire et à faire de moins en moins appel à la force physique pure. Plus qu’une distinction stricto sensu, l’opposition interne/externe relèverait plus d’un échelonnage concernant la part d’interne et d’externe que comprendraient les différents arts martiaux.

La distinction moderne/traditionnelle :

Il s’agit cette fois d’une distinction assez récente et pourtant encore une fois incertaine car on trouve plusieurs manières de l’interpréter.

D’un premier point de vue on peut la considérer d’un point de vue purement historique. Les arts martiaux traditionnels seraient les arts martiaux créés avant une certaine époque, une certaine année… Il est cependant difficile de déterminer une date qui satisferait tous les arts martiaux car selon les pays, on trouve différents évènements ayant fortement influencés ses derniers. Concernant les arts martiaux japonais, on trouve trois grandes périodes. La guerre de Boshin et l’avènement de l’ère Meiji qui marqua l’avènement du Japon à l’ère moderne et qui porta un coup très rude sur les arts martiaux. La création du judo par Jigoro Kano qui contribua à adapter la pratique martiale à l’occidentalisation du monde et permis le développement d’arts martiaux tournés vers un aspect plus sportif. La troisième date est la fin de la seconde guerre mondiale qui marqua la diffusion de ses arts martiaux au reste du monde. Pour les arts martiaux chinois la période charnière est sans conteste la révolution culturelle qui après avoir tenté de faire disparaitre les arts martiaux nationaux les a fait se développer vers la compétition. Ce ne sont là que deux exemples qui démontrent plusieurs choses. La première est que bien souvent cette période se situe entre la fin du XIXème siècle et jusqu’à la première moitié du XXème, à ce titre on pourrait rajouter l’invasion de la Corée par la Japon (jusque 1945), le protectorat français sur le Cambodge (1863-1953). Le second point que soulève cette distinction est qu’il n’y a pas de moment précis mais il s’agit le plus souvent d’une transition politique entrainant une occidentalisation du pays. Le troisième point est que bien que cette distinction ait un certain intérêt historique, ce dernier est assez limité d’un point de vue technique.

Une autre manière d’aborder la distinction entre arts martiaux traditionnels et modernes revient non pas à aborder les choses d’un point de vue historique mais plutôt du point de vue de la pratique. On distinguerait donc d’un côté les arts martiaux pratiqués de manière traditionnelle et de l’autre ceux pratiqués de manière moderne. C’est sur ce point que le point de vue purement historique nous aide. On remarque que ce sont durant ces périodes que la distinction s’est peu à peu opérée d’un côté on trouve les arts martiaux ayant gardé leurs principes, leur corpus technique etc… et de l’autre ceux qui ont adapté leur pratique au monde occidental notamment en introduisant ou du moins en exacerbant la notion de compétition. C’est ce point qui distingue souvent les arts martiaux modernes et les arts martiaux traditionnels, d’un côté on trouve les arts martiaux traditionnels ou la notion de compétition est exclue et de l’autre les arts martiaux modernes ou la compétition est importante et parfois un but en soi. Ainsi une création récente si elle n’a pas pour objectif la compétition pourra être considérée comme un art martial traditionnel. Le problème de cette distinction est qu’elle accepte le fait que des arts martiaux puissent comprendre une pratique compétitive et fragilise dangereusement la barrière fondamentale existant et l’art martial et le sport de combat (cf : les risques du développement sportif des arts martiaux).

La distinction technique :

Il s’agit de la distinction la moins commune car certainement la moins applicable au monde des arts martiaux. Il s’agit de distinguer les boxes des luttes. Cette distinction vraisemblablement issue du milieu sportif distingue d’un côté les pratiques privilégiant les techniques de percussion et de l’autre celles privilégiant les techniques de projections et d’immobilisations. Cette distinction bien qu’intéressante d’un point de vue sportif (encore que des pratiques comme le MMA et le Sanda remettent ceci en cause) n’est pas applicable telle qu’elle au monde des arts martiaux car on retrouve des techniques de lutte et de boxe dans chaque art martial. On remarque cependant qu’à force de développement sportif, des pratiques comme le taekwondo, le karaté et le judo tendent à ne devenir que boxe ou que lutte. Certains ajoutent à ces deux grands blocs un troisième qui serait les pratiques de self défense (à ne pas confondre avec la self défense qui serait un bloc qui lui se distingue des arts martiaux et sports de combat). Ces pratiques de self défense comprendraient les deux types de pratiques mais encore une fois il s’agit d’un coup d’épée dans l’eau car tous les arts martiaux entreraient dans ce bloc.

A l’instar de la distinction entre interne et externe, cette distinction technique relèverait plus d’une forme d’évaluation de l’importance donnée à tel ou tel type de technique.

*division la plus élevée

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