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15 janvier 2013 2 15 /01 /janvier /2013 22:31

Voici un extrait de l'interview de Matthieu Jeandel (5ème dan d'Aïkido) que vous retrouverez en intégralité dans le prochain numéro de l'art de la voie. 


P1020861 2) En tant que pratiquant, comment définiriez vous un art-martial ?

"C’est une question délicate… Beaucoup se sont prêtés à cet exercice et pourtant c’est toujours une question qui reste sans réelle réponse. Je ne pense pas pouvoir faire mieux que mes prédécesseurs.  D’autant plus que nous cherchons en France à comprendre la notion d’arts martiaux pour traduire la notion de Bujutsu ou Budo. Il est possible de trouver dans certaines interviews des personnes qui tentent de définir ces différentes notions, bujutsu, budo, shin budo…  

Je ne suis pas japonais et il me manquera toujours certaines subtilités pour expliciter ces termes au mieux. Je ne retiens que la chose suivante budo et bujutsu ont une particule commune BU. La notion de BU renvoie à la notion d’arme, de combat… Ma vision actuelle des choses est la suivante, ce qui différencie un Budo et un Bujutsu est la place et l’utilisation que l’on fait de la technique.

Dans le bujutsu, la technique est une finalité et le pratiquant apprendra avec les années des techniques de plus en plus efficaces. Je vous donne ici un extrait que l’on peut trouver sur le site du groupe français de l’école Yagyu Shingan :

 

« L'école Yagyu Shingan ( 生心) est très hiérarchisée. En effet certaines techniques étaient enseignées aux Bushi 武士(guerriers). Les mêmes techniques pouvaient être enseignées aux Samouraï () mais à un degré supérieur de façon à ce que le Samouraï puisse se défendre au cas où le Bushi l'attaquerait.
Il en est de même pour le Ninja (忍者). Le Ninja est initié à des techniques supérieures à celles du Samouraï. Ainsi, il peut mettre ceux-ci hors d'état de nuire et mène à bien ses missions de renseignements sans être gêné par ceux-ci. E nfin, seuls les gardes du Shogun ont accès à toutes les techniques, et celles-ci doivent impérativement restées secrètes car la vie de l'Empereur doit toujours être préservée quoiqu'il arrive ! »

 

Si pour le bujutsu la technique est une finalité, pour le budo la technique est un point d’entrée, un pré-requis qui nourrira d’autres finalités."

 

 IMG 9920

     3) Pour vous qu’est ce que l’Aïkido ?

"Un art martial (rire)… L’Aïkido est une proposition, celle de la Liberté. La notion de Takemusu que l’on trouve parfois traduite comme la capacité à faire spontanément jaillir des techniques n’est rien moins qu’une proposition de Liberté.

Cette liberté du corps et de l’esprit prend comme pré-requis des outils techniques que l’on appelle ikkyo, nikyo, kote gaeshi, irimi nage… L’Aïkido ne propose pas l’apprentissage de techniques mais les utilise pour atteindre quelque chose de bien plus important : la Liberté.

Cette liberté passera par un renoncement de sa volonté propre, l’Aïkido est un art universel et ces notions se retrouvent développées dans le Tao. La Liberté est la capacité à se lier au monde, à la nature, à l’instant en passant par un état de conscience appelé Wu Wei chez les taoïstes.

Wu Wei est traduit par « non agir », le risque est de comprendre cela comme un acte de passivité et de penser que l’Aïkido propose une voie passive. Bien au contraire la notion de Wu wei renvoie à l’idée de conscience totale, d’action parfaite menée en accord le dynamisme de la nature. Le wu wei consiste donc à être « intérieurement disponible », à être dans l’instant présent « ici et maintenant ».

Si tout cela parait à priori hermétique et loin de la pratique, tout dans la pratique n’est fait que pour atteindre cet état de pratique.

Lorsqu’un pratiquant débute en Aïkido, il va apprendre une première technique et alors qu’il apprendra la seconde technique, il apprendra à la fois les points techniques spécifiques à cette technique et le lien qui unit ces deux techniques.

Avec le temps le pratiquant d’Aïkido n’aura plus un catalogue de techniques indépendantes les unes des autres  mais un tout cohérent. L’erreur en Aïkido est de construire sa pratique en pensant technique, la technique n’est qu’un pré-requis nécessaire pour pouvoir commencer l’étude de l’Aïkido.

Beaucoup d’Aïkidoka ne commenceront jamais leur route vers l’Aïki pour avoir comme objectif la connaissance d’un catalogue technique de plus en plus fournis. Réaliser une technique correctement est important mais n’est en rien une finalité sur laquelle un pratiquant doit passer sa vie entière.

Répéter une technique 10,20,30 ans ou plus permettra bien évidemment de la réaliser de mieux en mieux, cependant si l’attention reste fixé sur celle-ci le pratiquant ne sera jamais rien de plus qu’un répétiteur de techniques.

Il faut aller au-delà de celle-ci pour commencer à entrer dans la voie de l’Aïki. Cependant je le répète, il est nécessaire au préalable d’avoir une connaissance importante de la technique, on commence l’étude de l’Aïkido après 10 ou 20 ans de pratique et parfois jamais..."

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